Je suis comme bloquée. Tout à l'heure encore, il m'a dit "si les gens ne t'écoutent pas, c'est parce que tu ne les respectes pas." Les bras m'en sont tombés. Il pourrait avoir raison, après tout, je manque peut-être de recul, seulement les gens me coupent systématiquement la parole depuis que je suis petite alors, je crains que son argument ne corresponde à rien, enfin, je l'espère. De toute manière, cette relation me démolit autant qu'elle me tient en vie. Tout me blesse, je me replie de plus en plus. Je n'arrive plus à me lier avec personne. Dès que les gens m'approchent un peu trop, je fais tout pour les décourager. À part les enfants, je ne peux plus aimer que de loin Je me suis totalement idiote, monstrueuse, je cherche ma place qui semble être nulle part. Voilà la raison pour laquelle, je n'écris plus, je ne me manifeste plus. J'ai peur de m'attacher, de me montrer telle que je suis. Par moment, ça va plutôt bien mais à d'autres, je perds pied, c'est la descente vertigineuse. Il faut que je tienne le coup et justement, j'ai une grosseur au cou. Je flippe pas mal. Il faut que je prenne RDV chez le médecin mais je sais déjà que je n'irai pas faire les examens alors, j'attends encore quelques jours et puis, si c'est toujours là, je m'y résoudrai, peut-être. Il me reste encore 40 millions d'affaires, il y en a toujours trop. Je suis fatiguée, découragée, vidée avec une impression d'avoir le cerveau brûlé. Rien ne me va, être seule, ne pas être seule, je ne sais même plus ce que je veux, ce que je suis capable d'assumer. Je me sens comme une toute petite fille totalement perdue et effrayée.
Je croyais que pour vous, au moins, c'était passé, que le calme était revenu, l'apaisement et les retrouvailles. Le chantage aux enfants... ça fait froid dans le dos mais en même temps, c'est tellement moche.
Je m'interroge sur ce soi-disant amour qui se termine en guerre, sanguine ou froide. C'est un monde qui s'écroule, des remparts qui se fissurent, la chaleur qui s'en va, les rires qui s'éteignent, c'est le marécage, les sables mouvants. Quoi qu'on essaye de changer, ça fait chanceler les soi-disant fondations du dedans.
Dans le même temps, une autre part de moi vibre, exulte. Je le savais, je le savais que c'était foireux tout ça. Laisse tomber les faux-semblants, de toute manière, tu leur déplairas toujours alors au moins, plais-toi, aime-toi, regarde-toi, renais de tes cendres et suis ta route solitaire. Il ne fera pas aussi froid qu'on le dit.
Je trie, donne ou jette mes affaires, l'eau du bain et son bébé, mes vieilles peaux, mes souvenirs, comme un début de révérence. Je ne vais plus rien faire, plus rien dire. J'offrirai mon immobilité, mon silence, j'essayerai d'ouvrir grand les yeux, de ne pas détourner le regard, de recevoir les coups comme ils viennent puisqu'il paraît que ce n'est pas vrai tout ça. Je jouerai mon rôle, bien comme il faut. J'apprendrai à aimer les farces, bonnes ou mauvaises. Allez la Vie, vas-y, jette-moi à terre, même pas mal. Je rêve que l'enclume qui pèse sur ma poitrine disparaisse, que le noeud de ma gorge se dénoue, que les larmes soient taries à jamais et que la peur me laisse enfin en paix.
Dans cinq minutes, j'aurai enfilé mon costume de fille souriante, de petit soldat. Et hop, ça y est. La vie est bien jolie, pleine de belles surprises, d'heureux rebondissements, de légèreté, de beauté, de grâce. La belle vie. Et je suis aussi celle-là, sincère capable d'applaudir à tout, de s'émerveiller de ci et ça, de s'enthousiasmer pour presque rien. Tu veux toujours qu'on se téléphone ? Je garderai mon bel habit, il est toujours prêt. Qu'est-ce que je fais ? Je ne garde que les meilleurs passages et j'enlève le reste, je ne réponds pas, j'envoie comme ça ? Même ça, je ne sais pas. Tu as besoin de côtoyer des gens qui vont bien, pas de quelqu'un qui ne sait plus comment continuer à vivre. J'en ai tellement marre de faire semblant et tellement marre de ne pas guérir de cette peine qui ne me quitte plus.