GRANDE(S) GUEULE(S)
Pendant une réunion de copines de tricot, l'une d'entre d'elles s'insurge contre l'uniformisation de la pensée qui, selon elle, se reflète jusque dans le physique des gens. Elle déplore ce changement et se souvient du temps où parmi la population, il y avait des gueules, des personnages hauts en couleurs. Aujourd'hui, c'est comme si toutes nos couleurs étaient délavées et que leur clarté étaient salie.
Tous pareils ou presque.
Je me souviens avoir remarqué avec une sorte d'effroi que toutes les personnes qui avançaient à toute allure devant moi dans un couloir du métro étaient vêtues de noir, de gris, de marron ou de bleu foncé. Pas une seule tâche de couleur vive. Pas une !
Et puis, je ne sais pas comment c'est arrivé, mais la conversation a dévié sur les enfants.
Presque conviée par ce qui venait d'être énoncé, je me suis accordé l'autorisation de m'exprimer sur le sujet.
Nos enfants, ne sont pas respectés.
J'aurais mieux fait de me taire.
On a commencé à me dire que les petits français étaient bien loin de vivre comme en Afrique, qu'ils échappaient au travail et à toutes sortes de calamités.
Le rouge m'est monté aux joues.
C'est la tactique ordinaire utilisée pour éviter de mettre le nez dans le caca (caca ? Oh, un gros mot...).
J'aurais pu, j'aurais dû m'expliquer mais au même instant, je me suis rendu compte qu'en le faisant, j'allais mettre mes copines dans l'embarras, Et puis, il faut croire qu'au fond, ces grandes gueules regrettées étaient quand même priées de ne plus réapparaître.
Alors, je n'ai rien dit, elles m'ont gentiment fait la leçon pendant que me noyais, totalement bouleversée.
On m'a pardonné ma hardiesse en la mettant sur le compte d'une éducation et d'une vie un peu hors normes.
C'était comme si on avait échappé à la collision de deux continents.
Pas un instant, je n'ai dit que je détenais la moindre parcelle de vérité, j'avais simplement cru que, pour une fois, je pouvais parler sans me censurer.
J'ai bien compris la leçon.
Dorénavant, je fermerai ma « grande » gueule...
Je suis rentrée chez moi en apnée en me demandant comment cesser de me cogner contre ces hauts murs invisibles.
Je m'excuse d'être comme je suis, je m'excuse, je m'exc...
Ce n'est pas tant qu'il faille absolument fermer sa gueule, l'avoir grande ou petite, avoir honte de ce qu'on pense, se demander ce qui peut bien clocher chez soi. Non. La nécessité, c'est d'accepter le fait qu'il y ait dans ce monde une infinité de mondes qui ne sont pas toujours prêts à se rencontrer...
Enfin, malgré tout, je me demande de quel moule je peux bien sortir pour susciter autant de réactions.
Edit # 1
Comme le hasard qui n'existe pas fait curieusement les choses, je vois que j'ai eu de la visite. Alors, je clique sur l'un des liens et tombe sur cette page que j'arrête de lire parce que je pleure de rage, de tristesse. Parce que l'absurdité est angoissante, déstabilisante, parce que ni le coeur, ni le rationnel ne peuvent en venir à bout. Parce que je suis atterrée par le fait que nombreuses sont les personnes qui ont une manière tordue d'aimer les enfants, qu'elles portent la violence en elles et la transmettent apparemment sans le savoir.
Allé, encore une fois, je m'excuse, une fois, dix fois, cent fois, mille fois... autant de fois que nécessaire. Mais ça ne changera rien au fait que, de mon point de vue, et à tous les étages, notre société n'aime pas les enfants.
Edit # 2
Lu à l'instant ce même jour sur le site de l'OVEO
(Observatoire de la Violence Educative Ordinaire) :
Les enfants étaient déjà sans défense. Seront-ils sans défenseur ?
Le gouvernement a décidé de déposer un projet de loi pour supprimer l'institution du Défenseur des enfants, institution représentée actuellement par Dominique Versini, qui a été la première Défenseure des enfants à avoir le courage de demander l'interdiction des punitions corporelles. Ce projet de loi a été déposé sans aucune concertation avec l'intéressée ni avec aucune des associations de protection des droits des enfants.
Voir le communiqué de presse de la Défenseure des enfants sur son site.
Nous invitons tous ceux qui n'acceptent pas cette décision à envoyer au Premier ministre la lettre ci-dessous ou une lettre d'inspiration semblable :
Monsieur le Premier Ministre,
J'apprends avec stupéfaction que votre gouvernement, par un projet de loi présenté lors du Conseil des ministres du 9 septembre, a décidé de supprimer l'institution du Défenseur des enfants.
Est-il pensable que, dans un pays où le nombre de décès d'enfants par maltraitance oscille entre 400 et 700, c'est-à-dire entre plus de un à près de deux décès par jour, on supprime une institution qui est précisément chargée de la protection des enfants ?
Je vous demande instamment de renoncer à ce projet de loi et, au contraire, de renforcer la protection dont doivent bénéficier les enfants de notre pays.
Veuillez agréer, Monsieur le Premier Ministre, l'assurance de ma haute considération.
Pour écrire au Premier ministre : http://www.gouvernement.fr/premier-ministre/ecrire
Ou encore :
M. Le Premier Ministre
Hôtel de Matignon
57, rue de Varenne
75700 Paris
Et pour revenir à la phrase que j'ai prononcée devant mes copines qui trouvaient que je poussais le bouchon un peu loin, voici un petit témoignage. Même si ce n'est pas ce à quoi je faisais allusion ça peut peut-être interesser quelqu'un.
