LA LIBERTÉ, çA REND HEUREUX
Voici un texte que nous avons écrit pour l'atelier T.R.A.C.E.S (il sera mis en ligne prochainement sur leur site) :
M., 10 ans :
Un jour j'ai eu l'idée de construire une trottinette.
J'ai aimé la construire parce que j'ai pu m'amuser, la construire avec des copains.
J'ai bien aimé pouvoir clouer, scier, limer, enfin, faire quelque chose de manuel, de physique. J'ai utilisé ma tête, mes bras, mes jambes... J'aime utiliser mes mains parce que je peux exprimer ce que j'ai envie de faire sans avoir à l'acheter ce qui me donne un sentiment de fierté de l'avoir fait moi-même.
J'ai bien aimé le faire à l'atelier parce que j'avais les outils nécessaires et qu'il y avait des gens qui pouvaient me donner des conseils et m'aider à la construction. L'atmosphère y est agréable car il y a plein d'enfants qui font des choses et ça donne envie de faire quelque chose soi-même aussi. On peut faire ce qu'on a envie de faire et pas ce qu'on nous dit de faire et ça qui me plaît. De plus on n'est pas obligé de travailler tout le temps sur le même projet. On peut s'atteler à autre chose puis revenir sur ce qu'on faisait précédemment. On a plus de liberté. Ca rend content d'avoir de la liberté. Quand on peut laisser un travail en plan avant de le reprendre, on a l'occasion d'y réfléchir avant de s'y remettre. Ca donne de meilleurs résultats. On peut aussi y travailler sans cesse jusqu'à ce que ce soit fini. Tout ça a été possible grâce à Guillaume qui m'a tout le temps aidé et conseillé.
(Photos à venir)
M. fréquente l'atelier depuis bientôt trois ans.
Il ne dessine pratiquement pas et joue la plupart du temps.
C'est quelque chose que j'accepte même s'il m'arrive, parfois, d'être rattrapée par les vieux schémas qui intiment l'ordre systématique, plus ou moins tacite, plus ou moins conscient de rentabiliser.
Rentabiliser le temps, l'argent dépensé, le déplacement, le fait de s'être levé...
La plupart des activités dites "pour enfants" ont cette idée derrière la tête : il faut que ce soit rentable, productif, que les parents en aient pour leur fric, qu'ils puissent s'enorgueillir.
Attente d'une production rendue, de fait, obligatoire, d'un résultat et pas n'importe lequel. Un résultat positif, valorisant pour l'enfant mais surtout pour les parents.
On n'est pas là pour prendre ou passer le temps, pour rêver, pour couver une création, pour être disponible à l'inspiration qui passe et qui ne vient pas sur commande, savourer une certaine immobilité, être simplement là, se sentir libre de se poser ou bon nous semble, de venir, de ne pas venir, de s'asseoir, de rester debout, de parler, de demeurer silencieux, d'être relié aux autres sans avoir à gesticuler pour le montrer, les écouter, les regarder et se laisser prendre, parfois, dans leur sillage. Non. On est là pour bosser, qui sa pièce de théâtre, qui sa compétition, son morceau de musique... Mais l'amour, la joie, la créativité ne peuvent pas fleurir sous la contrainte. On est pressé dans tous les sens du terme. Il y a des règles, des contraintes, des (op)pressions, des attentes, trop d'attentes.
L'atelier T.R.A.C.E.S , c'est autre chose.
C'est la vie.
Il n'y a pas d'attente.
Pas d'humiliations, pas de comparaisons, pas de compétitions, pas d'ordres, pas de dénigrement, pas de rétorsions.
On se sent libre.
Libre de créer ou pas, de venir ou pas, de parler ou pas, de participer ou pas, de se joindre aux autres ou pas.
On vient par plaisir, sans contrainte.
On vient parce qu'on s'y sent bien, parce que c'est vivant, chaleureux, respectueux, accueillant, joyeux, amical, parce qu'on sait qu'on y trouvera de l'aide, un espace, de l'écoute, de l'échange, du temps, de l'attention.
On vient parce qu'on y est aimé, parce qu'on se sent accepté tel que l'on est, parce qu'on ne cherche pas à nous changer, qu'on est pas pris en otage par des spécialistes qui savent mieux que nous, parce que le savoir circule, que les idées jaillissent, parce que c'est un champ de possibles, un terreau fertile.
Parce que les graines prometteuses que nous portons en nous sont arrosées et protégées et peu importe d'ailleurs qu'elles mettent des mois, des années à germer ou qu'elles restent à jamais en sommeil.
Parce qu'on s'appartient, qu'on part à sa rencontre et à celle des autres, à son rythme, à sa manière, selon ses moyens, parce qu'on peut régresser, se mettre à la cape, rentrer dans sa coquille pour mieux en ressortir, parce qu'on apprivoise ses fêlures intimes, parce que personne ne nous fait la leçon, parce qu'on peut expérimenter, tâtonner, explorer, découvrir, parce qu'on peut se servir de tous ses sens, parce qu'on s'émerveille de ce qui sort de nous, parce qu'on n'y pratique pas la ségrégation, la discrimination par l'âge. Petits, jeunes, moins jeunes, plus âgés. Tous mélangés, tous ensemble et tous émus les uns par les autres. Croisées des chemins, carrefours de tendresse.
Tout cela est si subtile.
Confiance. Celle que l'on donne, celle que l'on reçoit.
Absence de jugements, d'évaluation, de critiques.
J'ai appris à lâcher-prise, à me réjouir autant de voir Malo jouer que de le voir créer quand l'élan arrive. En lui faisant confiance, j'ai pris confiance en moi.
Il se passe tant de choses dans cet atelier.
Sur tous les plans.
C'est un lieu où tout semble possible et quand tout est possible, on cesse de traverser l'existence comme des morts-vivants.
Ici le témoignage d'un papa que nous voyons toutes les semaines : clic


