J'étouffe !
Je cherche les éclaboussures de la grâce enfantine mais l'atmosphère demeure sèche et aride.
Où sont la grâce, la joie, l'émerveillement ?
En lieu et place, j'y trouve, l'agacement, la lassitude, la colère qui colmate les brèches d'un barrage retenant toutes mes larmes, l'inconfort d'un entre deux, plus tout à fait comme avant, pas encore comme après.
Je dois être dans l'adolescence de la maternité.
Par moment, je n'arrive plus à respirer.
Comment vivre après eux ?
Ce n'est pas que je ne trouve rien à faire mais je cherche l'or dans lequel nous baignions.
Où est-il cet or qui apaisait mon coeur, me donnait la force, l'envie et la joie de vivre ?
Un voile gris s'abat sur mes jours.
Ils s'approchent de l'âge adulte.
Ils ignorent qu'ils courront après la joie de leur enfance tout le reste de leur vie.
La joie de l'enfance, l'insouciance de vivre les jours, les uns après les autres sans savoir combien il est terrifiant ce sentiment d'être en vie quand on en prend conscience.
Quelle étrangeté que d'observer son corps, se demander qui on est, de quoi on est fait et qu'est-ce qui vit à l'intérieur de nous, qui pense.
Je me rappelle très bien de l'instant où, pour la première fois, j'étais moi et quelque chose qui observait de moi.
C'était en cours de philo.
J'ai eu tellement peur que j'ai eu envie de vomir.
Je regarde mon corps se transformer, vieillir, je regarde le monde, les gens, moi-même avec, à l'intérieur, un éclat de rire nerveux qui ne demande qu'à jaillir.
Quelle farce cette vie.
Pourquoi ne gardons-nous pas à l'esprit que nous sommes mourants ?
Nous nous comporterions peut-être autrement.
Nous cesserions de courir, de nous disputer, de nous inquiéter, de nous juger, de nous comparer pour ne plus rien faire d'autre que prendre soin les uns des autres, nous écouter, nous aimer, nous soutenir, nous émerveiller, nous réjouir jusqu'à l'ivresse.
Parler bas, parler doucement, gentiment, joliment, délicatement, tendrement et remercier sans cesse.
Il n'y aurait plus ni peur, ni laideur.
Voilà ce qui nous est offert et repris avec l'arrivée puis le départ des enfants.
Les gens sont ignorants, surtout ceux qui pérorent sur la toute-puissance des mères.
Ils croient que les mères ne savent pas vivre sans leurs enfants.
Ils ne savent rien de ce manque qui les cloue la bouche ouverte et le poumon vide. Ils ignorent tout de ce qu'est la grâce, la beauté et la joie qui a rendu ces femmes invincibles des années durant.
Les mères ne sont pas des héroînes mais les détentrices d'un secret qui devrait faire taire tous les cris de l'humanité : les jeunes enfants nous offrent ll'amour, la pureté, la grâce, la joie, la confiance, la force, l'élégance, la beauté indicible.
Ils passent leurs primes jeunesse à couvrir ce trésor d'un tas de pacotilles chèrement acquises et vivent le reste de leur vie à tenter de faire réapparaître le trésor enfoui.