C'est vrai, pourquoi je leur raconte cette partie de ma vie, certains de mes choix ?
J'ai essayé d'expliquer pourquoi je ne prenais pas part à leur action, à leur projet, pourquoi, je me tenais tellement en retrait.
Il est des engagements qui nous prennent corps et âme, instant après instant.
On m'a rétorqué qu'on n'était pas tenu à tant d'absolu, à la réussite, à la radicalité.
Je n'ai pas su comment répondre.
Pour ce faire, il aurait fallu que je parle encore, que je me dévoile davantage alors que déjà le peu que j'en dis, c'est beaucoup trop.
Je me suis contentée de dire que si, certains engagements ne souffrnte aucun compromis, aucun à peu près, qu'il fallait se lâcher des deux mains, plonger dans l'inconnu.
J'ai essayé d'expliquer que si j'aspirais à le faire, je ne me sentais pas le droit d'être aussi radicale tant que j'étais en charge de mes enfants.
L'école est revenue sur le tapis, bien que je me soie promis de ne plus jamais aborder cette question.
Il y a des périodes initiatiques dans l'existence. Des périodes brûlantes durant lesquelles on pose sa petite existence dans la balance. C'est quitte ou double et la Vie ne baissera pas son prix.
J'ai échoué une fois de plus à m'exprimer parce que je répugne à aller jusqu'au bout.
On est en droit de se demander pourquoi un discours aussi intense tombe là comme un cheveux sur la soupe. Qu'est-ce que ça vient faire au beau milieu de retrouvailles autour d'une galette des rois.
Je dis longuement les choses avant de les concrétiser.
Avant j'écrivais, je tenais ce blog.
Je ne le fais presque plus alors, j'ai pris ces gens à témoin.
J'ai sorti la machette pour achever de trancher dans le vif.
Où je sors enfin de ma gangue ou je meurs.
Je le dis à d'autres pour que l'écho me revienne, que je l'entende, que je l'écoute, qu'il rentre dans mon cerveau, dans mon coeur, dans mes tripes.
Par le verbe, je me mets en état de faire comme les guerriers qui dansent jusqu'à la transe.
Pour conjurer la peur, je ne connais pas cinquante manières de procéder. Quand le mental parle trop fort, on met le corps en branle, en mouvement, en vie, en tout ce qu'on voudra pourvu que ça couvre la peur. Quand on est chauffé à blanc, pan, on y va. Plus peur de rien, presque plus. Galvanisé.
Ca n'a rien à voir mais pendant que je parlais, un petit groupe me regardait. J'entendais, elle ressemble à...
À quoi, à qui ?
Je n'ai pas entendu.
Plus tard, on me l'a dit.
Tu nous fais penser à un tableau de Vermeer
Envie de disparaître sous la table.
Moi, je ne ressemble à rien ou alors, à un être qui cherche sa route, qui parle fort pour conjurer sa peur.
Ses peurs.
Peur de mal dire, de mal faire, de se tromper, de blesser, de heurter, de mettre mal à l'aise, de pousser le bouchon toujours trop loin, de fondre en larmes d'émotion.
Peu importe, le regard que les autres posent sur nous et le notre ne coïncident pour ainsi dire jamais.
Voilà à quoi je leur fais penser...
C'est étonnant d'entendre les autres parler de votre soi-disant beauté quand on l'était tellement davantage à vingt ans.
Mince, fraîche, souriante, joyeuse...
Et aujourd'hui, plus qu'empâtée, triste, à fleur de peau, épuisée...
Oui, décidément, il doit transparaître autre chose par les pores de la peau.
Mais quoi ?
Je renonce à y songer.
À vrai dire, aujourd'hui, je me moque de ce à quoi je ressemble.
Mon rêve serait d'être délivrée...
Je me réserve le droit d'être la seule à savoir de quoi.